Gérard Vaugon, dit Bakou, 1952-2003

samedi 29 avril 2017

Bakou, mort il y 12 ans

Bakou cigarette

 

"Tu vois, rien n'a vraiment changé..."

 

Bakou est mort le lundi 21 juillet 2003 à Paris. Nous sommes le lundi 21 juillet 2014.

Entre temps, Daniel aussi est parti. Le vide s'élargit.

Comme dit à peu près l'autre dans sa chanson : "Pauvre Bakou... Tu vois rien n'a vraiment changé. Les cons n'arrêtent pas de voler. Les autres de les regarder".

 

prendre toutes choses par le côté blague

Mais c'est Van Gogh qui me fait penser à toi ces jours-ci. En Arles, mars 1888 :

"Il y a ici un portail gothique, que je commence à trouver admirable, le portique de Saint-Trophime.

Mais c'est si cruel, si monstrueux, comme un cauchemar chinois, que même ce beau monument d'un si grand style me semble d'un autre monde, auquel je suis aussi bien aise de ne pas appartenir qu'au monde glorieux du Romain Néron.

Faut-il dire la vérité, et y ajouter que les zouaves, les bordels, les adorables petites Arlésiennes, qui s'en vont faire leur première communion, le prêtre en surplis, qui ressemble à un rhinocéros dangereux, les buveurs d'absinthe, me paraissent aussi des êtres d'un autre monde ?

Ce n'est pas pour dire que je me sentirais chez moi dans un monde artistique, mais c'est pour dire que j'aime mieux me blaguer que de me sentir seul. Et il me semble que je me sentirais triste, si je ne prenais pas toutes choses par le côté blague."

Pas sûr, cependant, que Bakou ne se soit senti si étranger aux zouaves, aux bordels, aux adorables petites Arlésiennes ni aux buveaurs d'absinthe...

 

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Michel Renard
21 juillet 2014

 

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vendredi 26 juillet 2013

une photo de Bakou

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Bakou vers 1967-69...

 

Bakou, Porte et 1967 ou 69
Bakou, à gauche (Gérard Vaugon)

 

Bakou est donc le premier à gauche ; déjà l'impertinence dans la pose et le regard.

Au milieu, Patrick Porte, un garçon très intelligent aussi, qui fut secrétaire général de l'Uncal (Union nationale des comités d'action lycéens - communistes) ; je me souviens que c'était un grand lecteur. Un seul détail, il lisait chaque fois tous les articles de la revue La Pensée, revue marxiste "ouverte", qui sortait tous les deux mois ; je ne sais pouquoi cet élément m'avait marqué... peut-être parce que les cadres et intellectuels du PCF qui en faisaient autant devaient être assez rares...

À droite, un garçon dont je reconnais le visage mais dont le nom m'échappe... on va le retrouver. Il devait être un militant de la JC ou de l'Uncal à Paris ou en proche banlieue.

Pour l'instant, je parviens pas à identifier le lieu : un petit square entouré d'édifices d'habitations (peut-être le square Montholon ?). Quant à la date, elle se situerait entre 1967 et 1969. Je pencherais plutôt vers 1969, car Bakou, né en 1953 semble avoir plus de quatorze ans sur ce cliché. Mais il a eu une allure d'adulte très jeune par ailleurs...

Comme me le rappelle [ce 31 juillet 2013] mon ami Daniel Lefeuvre, membre du premier Bureau national de l'Uncal (créée en janvier 1969), la date ne peut qu'être 1969 (ou 1970) car Bakou et Lefeuvre n'ont connu Patrick Porte qu'au moment de l'Uncal.
Bakou est mort en 2003. Patrick Porte, au début de l'année 1971, dans un accident de voiture alors qu'il rentrait d'une réunion en banlieue ; un chauffard a grillé un stop ; Patrick était à l'avant-droite, il est mort sur le coup. Il avait dix-neuf ans.

Cette photo m'a été transmise par Gérard Molina.

* l'enquête continue : 5 août 2013

D'après Christian Molina (frère de Gérard), auteur de la photo, cette dernière a été prise en 1969 "peut-être dans un square situé place de la Chapelle à quelque 4 ou 500 mètres du lycée Colbert" (situé rue de Chateau-Landon). Bakou a effectué sa 1ère et sa Terminale dans ce lycée, lycée de fils d'ouvriers, de petits employés et de commerçants. Les trois personnes photographiées étaient membres du Cercle de la Jeunesse Communiste (JC) du lycée, comme Christian Molina.
Le troisième, à droite, était aussi à la JC du lycée Colbert, et talonneur dans l'équipe de rugby du lycée, championne de Paris en 1969.

* l'enquête continue : 9 août 2013

Daniel Lefeuvre affirme que Bakou n'était pas scolarisé au lycée Colbert mais à l'ENC (École nationale de commerce), boulevard Bessières. Ce qui l'a conduit ensuite à choisir un cursus de Sciences-éco à l'université.

Michel Renard
26 juillet 2013

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- les numéros de La Pensée, l'année 1969.

 

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vendredi 19 juillet 2013

Gérard Vaugon disparu il y a dix ans

Diapositive1

 

Bakou, dix ans sans toi...

 

On se demande souvent quelle tête aura le monde quand on n'en sera plus. Aujoud'hui, une sale trogne. En aurais-tu encore ri ? Tout peut-il se muer en tartufferie, en bigotisme sans frontières, en pharisaïsme sans scrupule ? Je crois qu'on aurait encore éclaté de rire avec toi. Parce que tu avais vu beaucoup plus loin que nous tous. Rien ne t'aurait choqué. C'est ta mort qui nous choque toujours.

M.R.
21 juillet 2013

Guy Konopnicki - 10 ans ! Son rire devant les conneries du temps me manque terriblement ! (sur Facebook).

 

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samedi 21 juillet 2012

il y a déjà... (2010-2012)

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Il y a déjà 7 ans... que l'on enterrait Bakou...! On pense à toi Bakou, à ton rire, à tes conneries, à tes errances, à ton amitié exigeante, à ton intelligence, à ta terrible lucidité. On pense à tout ce temps passé à tes côtés à ironiser, à railler, à rire, à se tenir les côtes... On pense à nos années étudiantes, au commerce du livre, à la politique, aux courses, à l'alcool... On pense à cette fulgurante traînée de vie qui a frayé avec toutes les hautes pressions, avec tous les défis...

Michel R.
"l'oppositionnel le plus rapide au nord du périphérique"
25 juillet 2010

 

Le temps passe Bakou, depuis qu'on a laissé la terre t'ensevelir et tes copains pleurer et regretter ta disparition qui a laissé beaucoup de types un peu orphelins... Je ne ne sais pas si tu nous entends, mais on pense à toi... à ton extraordinaire vitalisme, à ce que tu nous as apporté, à  la manière que tu avais de nous remettre en cause, à nous empêcher de nous satisfaire de nous à peu de frais... à ton exigence d'intelligence et d'auto-lucidité... Tu étais trop intraitable avec la vérité pour qu'on se satifasse de nos vies actuelles... Tu nous as précédé dans la certitude... mais on arrive...

Michel R.
31 mars 2012

 

Bakou… Neuf ans… ! Nous t’avons veillé dans cette salle mortuaire d'un hôpital parisien, ce 25 juillet 2003. Il y avait quelque chose d’inconcevable. Ton Verbe s’était tu. Nous étions gênés de nous éterniser dans la vie quand tu la révélais si intensément, même avec ta part de douleur immensément pudique. Si l’un d’entre nous voulait te fait part d’un déboire ou d’un chagrin, tu refusais de t’apitoyer et même de nous écouter. Il fallait rire de tout. Le rire comme ressort contre toute adversité.

Puis le cimetière de Pantin, un coin de cette banlieue assez triste. Tu préférais Paris ou Saint-Mandé… Mais de toute façon, ton esprit n’a jamais été otage d’aucune géographie.

À la demande de ta mère, Gérard a fait ton éloge. Une fois encore, nous nous sentions petits face à la fulguration de ta vie, à ton insolence devant toutes les médiocrités avec lesquelles nous devions parfois composer plus ou moins honteusement.

Des fleurs jetées, des recueillements, des embrassades, quelques pelletées de terre. Et nous sommes allés boire au bistrot en bas de la rue. En riant parce que c’est ce que tu aurais demandé.

Michel R.
25 juillet 2012

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dimanche 18 juillet 2010

Bakou rue Dauphine

Bakou rue Dauphine



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l'ancien local commercial de Bakou rue Dauphine, en nov. 2009

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Le Nesle, café que fréquentait Bakou, juste à côté de son local


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intérieur du Nesle, le banc où l'on pouvait rencontrer Bakou


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Le Nesle, café que fréquentait Bakou, juste à côté de son local



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vendredi 30 octobre 2009

"j'étais très proche de Bakou"

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ils se souviennent de Bakou

J.M. Porte, Éric Pereira Silva, M. Fainzang et François Taquet

sur un blog citoyen consacré à Saint-Ouen


extraits du blog où il est question de Bakou :

60. Le jeudi  5 mars 2009 à 20:48, par JMP

le 59 de Fainzang.
Je ne veux rien te faire dire, je m'adressais tt simplement au prof d'histoire-; je n'ai aucun souvenir des miens et c'est bien le drame car j'ai ete peu scolarisé,(fin de 1ere) attiré que j'etais par mon activité de militant(un connerie!!)puis assez tôt salarié,à 17 ans.
S'agissant de nos parents,et du mythe de leurs "exploits" entretenus par leurs récits(peu pr ce qui me concerne) mais surtout par leurs silences!!, je partage tt à fait ton avis.
Désolé si j'agis comme un psy, ce n'était pas le but.
Ah,le grele 7/13 ds Vaillant, je commencais mes lectures par ces exploits avant d'aller vers Rahan.
Je partage ton avis sur Cremet; "quel mec" dont j'ai moi aussi trouvé la bio à la bib de st-ouen à la fin des annees 80, il me semble, avt de partir.
J'étais tres étonné de trouver ce bouquin ds cette bib et je tire mon chapeau aux bibliothecaires, car si l'adjoint à "la culture" ....
Je n'ai pas connue l'enquête sur Ken Cheng, peu attiré que j'étais sur les activités liees aux Chinois(chacun son truc), mais je vais m'y coller.
A la lecture du bouquin sur Cremet, j'ai eu envie de connaitre Malraux dont j'ai lu, si je me souviens bien, deux bio's', une de Lacouture, puis une autre,et puis ensuite des ouvrages de Louise puis de Sophie de Vilmorin; bien triste personnage, et que dire des "Chenes qu'on abbat" dont la veracité des entetiens avec "le General" est plus que douteuse comme tt ce que vendait Malraux aux editeurs( attiré par les honneurs et les palais nationaux et par le fric) et ce, depuis ses debuts, mais proche du 'general' cela reste un mystere pour moi.Peut-être une caution ou une erreur de de Gaulle.
j'ai peu d'estime pour ce mec, que j'assimile comme disait de Gaulle, à propos de Mitterand, à une arsouille.
J'ai lu, il y a bientôt 25 ans le livre de"allard" Cerutti sur Togliatti et Thorez"à l'ombre des deux T", j'ai moi aussi été pour le moins"marqué"
C'est à la mme époque que j'ai lu sur les conseils de bons amis "ROBRIEUX "Thorez, vie publique, vie privée" que tu as dû connaitre et dont la thèse de doctorat fut contestée, voire vouée aux gemonies, quel domage pour son boulot, ce mec fut assassiné professionnellement et les uns en sont la cause, quel malheur.
J'étais tres proche de Bakou,( g.vaugon,audonien. rue e.cordon) un de ceux de l'uec avec G.Molina et Konop ,il ns à quittes,( il est mort) ce gd Bakou, cette gde gueule, tu peux aller sur un blog en tappant "Bakou", il avait mon age et il etait de st-ouen, il militait en Fac,à L'UEC.)
Si je cite mon pote gege,je pense bien sûr à Konop et je veux dire que ce mec,un militant ce fit casser la tete par des sbires du pc dont j'ai honte d'avoir ete le "camarade"
bien sur, Konop avait envisagé de penser autrement.
Et alors, avec de telles methodes dignes d'une époque de merde, on flingue des espérences.
Ces mecs,étaient nos potes et quels mecs ils etaient tous etaient des militants aussi devoues les uns que les autres, quel gachis.
Bon j'arretes.
Salut, quelle tristesse!!!!
      

61. Le jeudi  5 mars 2009 à 23:08, par M.Fainzang

JMP,le père de Konop,Raphaël Konopnicki,a écrit un livre de souvenirs,l'an dernier:"camarade Voisin"(son nom dans la clandestinité)aux éditions"Jean-Claude Gawsewitch".Il relate comment à la fin des années 40,la direction parisienne"thorézienne du parti"épura"la fédé des Alpes Maritimes,lui retira ses responsabilités.On voit le résultat actuel dans un département où à la Libé les communistes étaient majoritaires.Il y a d'autres faits intéressants comme les luttes syndicales dans les grands magasins en Alsace-Lorraine puis à Marseille avant guerre.Si j'ai connu Molina et Konop,à la JC de Paris de 63 à 66 puis Konop(comme adversaire)à Nanterre de 67 à 70,je n'ai pas connu de Bakou.Ce surnom fait-il référence à la ville où le futur Staline effectua ses premières activités militantes?

62. Le jeudi  5 mars 2009 à 23:34, par M.Fainzang

JMP,je viens d'aller voir le site"vaugon".J'ai bien aimé le texte sur son père.

63. Le mercredi 11 mars 2009 à 18:44, par JMP

J'ai bien aimé moi aussi ce texte, c'était du Bakou.
Merci pour le bouquin du père de Konop.Si tu es allé sur le site dont tu parles tu as dû voir qui était "bakou",diminutif de Bakounine car notre Bakou était un peu "anar".Rien à voir avec Joseph.
Il militait aux jc lyceennes à Paris puis en fac à Villetaneuse à l'uec.
Il habitait st ouen chez sa mère.J'étais très pote avec lui,ce qui me valû bien des remarques dont je n'avais que foutre.

64. Le mercredi 11 mars 2009 à 20:32, par JMP

Konop a ecrit quelques bouquins que j'ai bien apprecies:
"Manuel de survie au front" et "eloge de la fourrure", pas mal!!!
J'ai surtout bien apprecié les "cahiers de Prague", quel boulot d'auteur.
ligne 9 fut un plaisir pour un ancien emprunteur de la ligne en question(j'ignorais son goût pour les champs de course.)
S'agissant de ses derniers ouvrages, banalité du bien(2008) et elu (2007), je vais faire bruler ma carte fnac juste pr Konop(droits d'auteur obligent).
encore un bouquin à lire:"l'etoile rouge de david" de fremontier chez fayard.Ce bouquin resume ce que j'ignorais des feujs(j'ai du mal à dire Juifs!), les rites et tt les trucs lies à l'exercice de la religion, car tt mes potes(feujs) n'etaient pas religieux, le monde a bien changé car j'ai bossé pendant 20 piges ds des boites dirigées par des feujs"religieux" dont les kipours et autres peschars ne m'échappaient pas.
J'ai compris dès lors que quelque chose changait surtout chez ces sefarades que je ne connaissais pas car les potes de mon pere et les miens etaient des askenases,des militants communistes dont la judeité n'etait pas leur probleme ni le mien, ni le notre voire, ni le leur.
Quelle recrudescence du phénomene religieux! mme chez les cathos et les musulmans et quelle ouverture sur plus de communautarisme! dont la Republique sera la première victime,cad nous tous.
Les meilleurs amis de mon fils sont ceux qu'il a connus au college , au lycee puis ds ces ecoles de "commerce" depuis 25 piges, des amis fidèles auxquels il est lié de facon indefectible.
le parrain (civil) de mon petit fils est un sefarade, il est son meileur ami depuis la 6ème, depuis l'ecole active bilingue et c'est du lourd en amitié voilà, peut-etre une façon de faire en sorte de briser ces barrieres oû l'amitié le disputera un jour à ttes ces questions de religion.
C'est dur tt day de ne pas etre en"religion". c'etait bien, qd ns etions de jeunes cons et que ces conneries de religion ne ns effleuraient pas.
Qd joseph et alex se retrouvaient, ils avaient le mme ennemi, le capitalisme et c'etait bien......il y a du boulot aujourd'hui.
J'ai eu la chance d'avoir des parents communistes et j'en suis fier!!!
Putain, quel bol!!

65. Le mercredi 11 mars 2009 à 23:31, par Eric Pereira-Silva

@ Jmp

Coup de blues ! Tu m'apprends que Bakou s'est éclipsé.
J'étais aussi à l'UEC avec lui et d'autres à Villetaneuse de 1973 à 1977.
Je suis assez sensible à ton histoire et à tes coups de gueule d'autant que j'ai eu le privilège d'un peu côtoyer ton père, avant qu'il se replie en Corrèze.Il m'avait un peu "à la bonne" vu que j'étais (déjà)en froid avec nos ex camarades et il m'encourageait dans mes initiatives.
Amicalement

66. Le samedi 14 mars 2009 à 15:13, par JMP

Eric, ton 65.
Enfin qqu'un de st o qui se souvient de Bakou
Quel mec ce vieux soldat, un gd militant,amoureux de la vie et des autres.
Et toi Eric, que deviens-tu?
Merci de donner de tes nouvelles.
Fraternellement.

67. Le samedi 14 mars 2009 à 20:01, par taquet

à JMP

je crois avoir une photo de aP avec le commandant Matéo au moment du café au Neptune lors d'une conférence de section à Ampère;

Pour Bakou, le minimum sur le blog cité :

"Gérard Vaugon, dit Bakou
1952-2003

Notre ami Bakou, de son vrai nom Gérard Vaugon, est né le 30 mai 1952 et décédé le lundi 21 juillet 2003 à l'hôpital La Pitié-Salpétrière.
Il a été enterré le vendredi 25 juillet, de 17 à 17 h 30, au cimetière de Pantin, rue des Pommiers (à proximité de la 5e Division côté mur).

À la demande de sa mère, un hommage a été prononcé par Gérard Molina.

Étaient notamment présents : Gérard Molina, Guy Konopnicki, Daniel Lefeuvre et Denise Arias, André Fontaine et Malika, Jean-Pierre Janesse (Nénesse), Dominique Larbi, Kosick, Lagrue, Claire Bolze, Denis Maresco, Jean-Marc Bédrines, Michel Brault, Yasmine Kawass, Michel Renard..."

L'hommage est disponible sur le blog et c'est drole de relever le nom de YK, de Sos Palestine, militante de SO.

68. Le samedi 14 mars 2009 à 22:09, par JMP

Merci taquet, et d'ailleurs, pourquoi Taquet.
Si ttesfois des photos et si celles-ci concerne "ap"merci de me faire savoir de quoi il s'agit.Si bien sûr ap me concerne.
C'est un requete et non pas une exigence.
Laissons-le dormir "ce vieux bakou" en paix lui qui se foutait de ts les bordels de la terre et des hommages pr faire passer ses idées. Il était libre Gerard, c'est ce dont je me souviens qu'est-ce qu'il aimait la liberté et l'insolence , surtout l'insolence.Et de boire un canon avec ses potes.
Si vs avez le tps, retrouvez le papier de Molina, quel hommage de la part d'un agregatif de philo, futur "inspecteur gene de l'educ" c'etait comme ça chez "nous" "il y avait du lourd".
Meme gege, ns qui le connaissions il était parmi ceux qui pouvaient devenir, mais il s'en branlait qd il me disait, "tu sais bien mon camarade que nos vies ne valent rien" Si j'avais eu le temps , putain.
Je serais allé le voir au "Nesles"avec mon petit fils et il m'aurait dit, Putain, jeannot, comment qu't'as fait pr etre gd -pere, merde gros con de coco. Ah! putain de merde,te v'las gd dabre.
Et apres on aurait bu un bon coup!Car il etait comme ça ce vieux soldat.
il savait mieux que les autres tt touner en derision, et qd il apprit que je bossais chez Martini(là ou j'ai connu la maman de mes mômes)il m'a dit" Ah jeannot, on va pouvoir tt leur prendre à ces en.....J'avais 20 piges et lui 19, un an de moins, mais un courage de dougachvili que ns admirions en secret comme ts les connards de notre age et sutout en secret, ns avions 20 ans et les difficultes des luttes que ns n'avions pas connues ne ns avaient pas formés à ne pas devenir exaltés.
Oui, ns etions tres exaltes comme tt les jeunes qui prenaient des positions et qd ns en parlions et que j'avais le peu de responsabilites octroyees par celui qui avait decidé que je devais prendre des responsabilites(tant qu'il l'avait decidé)c'est gege qui me disait "penses a vivre, jeannot" et il repartait vers des cieux bien plus universitaires que ce que je vivais..
On ne savait jamais qd il revenais a st-o, deja il savait que c'etait pas un villegiature, il vivait partout, au gres de sa vie et il faisait bien
c'est vrai que taquet vient d'avoir des infos qui me paraissent pour le moins ... sur le site de ses potes.
Bon, il est allé(taquet) sur un site privé, merci de penser à gerard de st-ouen, car c'etait son truc, il n'avait pas honte d'etre de st-ouen mme s'il n'en faisait pas l'exegese.
Jamais ce mec n'aurait pu etre sur une liste electorale, jamais.Mais quel militant!!!!!
j'ai un peu l'impression d'avoir révélé un Camarade pour ceux qui l'avaient oublié, arretez, merde et je dde à "eric Pereira Silva "qui me parait bien plus honnete que le moyenne de faire le tri.
Merci Eric.

source : lesaudoniens.com

mis en ligne le 16 mars 2009



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dimanche 15 mars 2009

les écologistes... - article publié le 4 mai 2007

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les écologistes...

Bakou



Trouvé cette expression sur le site de Didier Sarastro :

- Les écologistes, il faut se dépêcher de les pendre tant qu’il reste

des arbres. (Gérard Vaugon dit Bakou)

... qui m'a fait pleurer de rire...!


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vendredi 27 avril 2007

il est mort ce vieux grand militant, grande gueule

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Saint-Ouen dans les années 1960

 

il est mort ce vieux grand militant,

grande gueule

 

les anciens de la JC

salut konop,
je me souvient quand à villetaneuse, envoyé par la dion du pc, j'etais de ceux qui cassaient les enthousiasmes des etudiants, au profit du Parti et souvent Gerard Vauguon , mon pote Bakou, quand le PC m'envoyait faire l'agit'pro'p combient je me suis renié.Je viens d'apprendre sur le net apres bien des annees la mort de ce vieux gerard ou'bakou".Il etait mon pote, j'etais le resp des jc de st ouen et mme bien avant , à 13 piges on jouaient ensemble(s) rue emile cordon ou il habitait, je ne sait plus, je suis un emu, merde, il est mort ce vieux grand militant ,grande gueule, il etait tres eloquent ce gd con qd ds les manifs il venait vers moi avec ses gds bras au dessus de sa tete, j'avais l'impression que j'etais ds le bon chemin,j'avais plus besoins de me dder quoi que ce soit meme si parfois je commencais à douter de toutes leurs conneries à la con.Salut vieux camarade, tiens, j'en suis à essayer de ne pas faire de fautes d'hortographe moi qui suis allé jusqu'au certif.Tu peux bien dormir mon pote, j'ai eu 2 enfants qui ont fait des etudes superieures et on peux en etre fier toi et moi si on c'est battu c'est aussi pour ca.t'as vu bakou, j'essaies de ne pas faire de fautes moi le fils de prolo.Mon pere est mort il etait de ceux que le Parti a souhaitéen faire des heros apres que celui-ci se soit mal tenu"en 40 pour l'Huma treand et duclos, la" negociation" tu te souviens, on en parlais tout doucement"toi et moi mais on se disait que le Parti avait ses raisons qui ns depassaient.
Vieux camarade, j'ai tourné ma veste, je suis devenu tolier, j'ai creer une affaire avec mon fils, on essaie d'etre reglos, c'est pas facile!
je ne t'oublies pas .
salut camarade; c'est un mot que tu aimais , pas vrai Gerard.

27 mars 2007, à 01 H 30

 

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- trouvé ce témoignage sur un forum de Marianne-hebdo - lien rompu.

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dimanche 2 avril 2006

Ravachol (KONOP)

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Ravachol

Guy KONOPNICKI, dit KONOP


La foule qui se présentait à l'entrée ne ressemblait en rien à l'idée que Sébastienne se faisait de ce champ de courses situé entre le bois de Boulogne et les quartiers bourgeois. Des nuées d'hommes seuls, venus de la Goutte d'Or, de la Seine-Saint-Denis, du Sentier ou de Chinatown !
- Tu la vois, ta France multicolore ! ricana Jo. C'est la France du multicolore, oui ! ceux-là, tu ne les verras pas dans tes manifs, mais quand il y a du pognon à perdre, ils sont tous là !

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Le préposé au contrôle regarda à peine leur invitation à prendre place au club des propriétaires. Il lui suffisait de voir Sébastienne pour savoir que ce couple-là ne payait pas le ticket d'entrée, celui qui comporte la mention "pesage", sans pour autant donner accès aux balances. Il y eut quelques sifflets lorsqu'ils dépassèrent la file d'attente du guichet. Jo essayait de presser le pas, regrettant d'avoir insisté pour que Sébastienne porte de jolis escarpins à talons hauts.
C'était trop tard, impossible de les éviter, les copains, hilares qui entraînaient toute une petite foule à siffler sur leur passage ! Un autre monde ! Jo confrontait rarement les femmes de sa vie avec ses camarades de courtines, de cartes et de multicolore. Belle compagnie de flambeurs, dont la plus belle figure était un ancien militant qui traînait une blessure d'histoire, parfaitement identique à celle qui ne cessait de brûler Jo. À force de propos ravageurs, il avait gagné le surnom de Ravachol et le portait avec une fierté amusée, tout en cultivant un mépris condescendant pour les anciens camarades qui rêvaient encore de poudre.
- Kaplan ! cria Ravachol. Tu pourrais tout de même présenter ton signe extérieur de richesse à tes amis !
- Je ne vous avais pas vus, bredouilla Jo, tandis que le cercle se refermait autour d'eux.
- Vous avez choisi le plus nul des anciens cocos ! lança Ravachol à Sébastienne. Comment peut-il avoir honte de vous au point de nous éviter ? J'espère, au moins, qu'il vous a parlé de son pote Ravachol ! Rav, il m'appelle Rav, d'ailleurs, moi qui suis un Gaulois pur porc ! Quasiment le seul Gaulois pur porc qui fréquente les tribunes populaires... parce que tout le reste...
- Rav, rétorqua Jo, cela veut dire rabbin et ça te va bien, tout Gaulois que tu es ! Il faut absolument que tu me fasses la morale ! Comme un vrai... rav ! Et tu vas nous faire louper la première...
- Une course de nazes, la première ! Huit partants, dont sept tas de viande qui vont se traîner derrière le fav' ! Ils peuvent lui donner la prime dès le départ... Vous n'êtes pas propriétaire, madame ?
- Je m'appelle Sébastienne... je ne suis pas propriétaire, mais nous venons voir le cheval d'un ami...
- Alfred Hirsch, répliqua aussitôt Ravachol, c'est forcément Alfred Hirsch !
- Comment le sais-tu ? s'étonna Jo.
- C'est simple ! Tous les autres proprios sont des sangs bleus et des fins de races ! Excepté Hirsch et sa sainteté l'Aghan Khan... Je ne te vois pas invité par un Khan... Si c'était un Kahn... peut-être... Donc, c'est Hirsch... Et tu sais quoi ?... Sa gonzesse mange dans la grosse gamelle des socialos, c'est dans tous les journaux... Et toi aussi, tu vas à la soupe, avec Giuseppe. C'est pour ça qu'on ne te voit plus ! Profitez-en pendant qu'elle est grasse, ça ne va pas durer !
- Rav, viens plutôt avec nous, au lieu de délirer...
- Tu es un ami, Kaplan, je ne veux pas ruiner ta réputation auprès de tous ces enfoirés nazes de socialos... ça va grouiller là-haut... Dès qu'il y a des canapés et du champagne, ils se précipitent !
- Je suis une enfoirée de socialiste ! dit sèchement Sébastienne....
- Oh, dit doucement Ravachol, vous, vous êtes la crème des gonzesses...  Vous êtes pardonnée d'avance... Mais j'attends l'invitation de Monsieur Kaplan, je vous reverrai avec beaucoup de plaisir, sans cette bande de rats !... Il sait où me joindre... Et  dites-lui  de  s'acheter  des  pompes !   Kaplan !   On reconnaît l'ancien coco à ses pompes !
- Qu'est-ce qu'elles ont, mes godasses ?
- C'est du Bata, ça ne va pas du tout avec ton costard, ta liquette et ta cravate de soie. Quand on se goinfre comme toi chez les socialos, on peut quand même se payer une bonne paire de chaussures anglaises.
Une voix tomba du haut-parleur, annonçant que les concurrents de la première se rendaient au rond de présentation. Ravachol sortit une liasse de sa poche et se faufila vers le guichet, tout en jurant, une nouvelle fois, que c'était une courses d'escrocs, taillée pour le favori.
- Ne t'inquiète pas, murmura Jo, en entraînant Sébastienne vers le cercle des propriétaires, il aime gueuler, provoquer, mais c'est l'individu le plus généreux que je connaisse !
- J'en suis certaine ! souffla Sébastienne. Il a quelque chose d'émouvant, de profondément émouvant.
- Oh ! Je sais... Les femmes sont rarement insensibles quand il fait son numéro...

Guy Konopnicki (dit Konop...), Ligne 9. roman,
Jean-Claude Gawsewitch éditeur, juillet 2005, p. 367-370.

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jeudi 30 mars 2006

La guerre de mon père (Gérard Vaugon, dit Bakou)

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Allemands sur les routes en 1940


La guerre de mon père

Gérard VAUGON, dit BAKOU

En 2002, Bakou avait écrit ce texte sur son père, l'avait illustré
d'une couverture de L'Almanach du combattant, 1940 et avait indiqué
«Sans éditeur, interdit à la vente aux "libraires"»

 

Mon père avait de drôles d'idées. D'un naturel doux et tolérant, il en venait à hausser le ton dans les années 1960, tant la mode était à glorifier une France héroïque, résistante.

À se demander comment l'Allemand avait pu enfoncer le pays en trois semaines et se féliciter de son séjour de quatre ans dans notre pays. Aux dîners de famille s'entendaient rodomontades, exploits invérifiables. Mon père ne disait rien, il bouillait. À un moment il explosait et racontait par bribes ce qu'il avait vu, avec la foi de Saint-Thomas. Je dois vous reconstituer sa petite histoire.

Un père boucher : la vue du sang, l'odeur de la viande froide l'écoeuraient. Le voici, après le certificat d'études et une année de "complémentaires", apprenti pâtissier. À mi-mai 1940, il reçoit sa feuille de mobilisation. Les nouvelles du front sont contradictoires, il n'est pas chaud pour aller au massacre. Prudent, il prend conseil auprès de son père. Croix de guerre, médaille militaire, citations, blessures, le tout encadré dans le salon :
- "Dix-sept attaques à la baïonnette, on leur en a fait voir aux Fridolins ! ... On a vu ça en 14, la retraite de Charleroi et puis la victoire de la Marne, faut pas avoir le foie blanc... Des déserteurs, ils en ont fusillé des paquets !"

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Voilà mon père à la gare du Nord, direction Compiègne. Plus de trains, le hall est envahi de réfugiés hébétés :
- "Ils sont derrière nous...!".
Il n'est pas le seul. Les malheureux conscrits se retrouvent, valises en carton bouilli, convocation à la main. Le gendarme ne manque pas :
- "Il y a un train pour Creil, vous marcherez... un bon entraînement !"
Arrivée. La cohorte s'ébranle pour s'empêtrer dans le flot de l'exode, se heurter à des bandes de soldats épuisés, désespérés.
On alpague un officier :
- "Où qu'elle est la caserne ?"
- "Bande de cons, tirez-vous, c'est perdu...!".
Il pleure. Au loin, on entend les détonations, les avions allemands :

- "Barrons-nous !" dit un malin. Trois jours à pinces, direction Argenteuil... Comment il se fait engueuler par le Vieux...! Les jours passent, l'Alboche est à Paris.

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Il faut bien gagner sa vie, reprendre son métier. Premier contact avec le marché noir. Premières étreintesp_tain_portrait2 avec ma mère. La guerre se fait oublier. L'Ancien dit :

- "Le maréchal sait ce qu'il fait, les Teutons, il les a dans sa poche".
Le courrier comporte peu de mandats et beaucoup d'emmerdements. En 1942, ordre de réquisition pour le S.T.O.. Attention...! pas celui de Georges Marchais avec primes et salaires... O-bli-ga-toire.

Là encore, il n'est pas partant. Son père insiste :
- "Tu libères des prisonniers, si tu n'y vas pas, il y aura des représailles". En route pour Dantzig (Gdansk). On lui demande ce qu'il sait faire :
- "Pâtissier ? Vous serez soudeur !" À la fabrication de sous-marins. Un petit boulot pour celui qui vient de se taper des années d'apprentissage. Douze heures par jour, des responsables allemands polis, rien à voir avec le petit chef bien français ; des baraquements et une gamelle correcte.

Des hurlements suivaient ces quelques mots. La table s'enflammait, tous les indemnes braillaient :
- "T'as eu une perm et tu t'es planqué". C'était la pure vérité. Ce qui l'avait le plus traumatisé, c'était un petit jeu du dimanche auquel se livraient les ouvriers français : il y avait un camp de prisonniers russes, réduits à la misère totale. Sachant que tout prisonnier s'approchant des barbelés était abattu, l'amusement consistait à jeter des sardines sur les grillages...

Revenu en Gaule, son père, désespéré par l'État français, lui conseille de se cacher dans une ferme qu'il possède en Normandie. Fils du propriétaire, ça n'empêche pas la fermière de proférer :
- "Tout ça, maquisards, réfractaires, c'est la bande à Bonnot...!". On lui a dit que l'instituteur organise la Résistance. Ils se connaissent, il l'informe des forêts où se constituerait une force armée.

Départ. Arrivée dans un capharnaüm peuplé de colonels, capitaines, ornés d'uniformes et de galons fantaisistes. Le soir arrive, la bouffe est maigre, le chef remonte la troupe :
- "On va se faire quelques fermes, à manger et de l'oseille !" Mon père a vu quelques voyous bien connus dans la région, et aussi un brave type.
Leur réaction est rapide :
- "Gars Émile, on dégage !". Le lendemain, la Milice et les Allemands abattaient nos "résistants", c'est ainsi qu'ils sont inscrits sur une stèle. Retourner à la ferme, bosser comme une bête de somme, sous le regard suspicieux de la Thénardier, c'est moins dur que la pâtisserie ou Dantzig. Le taulier, il a des accès de générosité. Sa matrone le dos tourné, il lui murmure :
- "Chouille (ne lésine) pas le beurre, Mimile".

normandie_cp_couleursOn arrive en juin 1944. Deux kilomètres de chemins creux ont empêché la visite d'importuns. Les bombardements indiquent le sens des événements. Les premiers jours passés, le travail reprend. Hue, cocotte ! La charrette est pleine, retour à la grange. Le chemin est tortueux.
Surprise, à un détour, cinq chars, des auto-mitrailleuses. Sur les vareuses d'hommes écrasés de fatigue et de peur, est inscrit S.S. Gross Deutschland.
Les hommes de garde l'ont mis en joue : "C'est fini, ils vont me flinguer". Il est résigné.
Arrive un sous-off :
- "Maison, fin de route ?"
- "Ya, ya". Il le fait passer devant et ébranle la colonne. Les longs canons de 88, des Tigre, ravagent le bocage.

À la ferme, on a entendu le vacarme des moteurs.
Des Américains ? Le Prussien, le Vieux, il connaît ; la Grande Guerre, il y était. La Vieille, elle les appelle : "les bestiaux". Sur le monument aux morts, dans le village, se trouvent les noms de ses frères, cousins et autres... Les Allemands se nettoient, réparent leurs instruments de mort, rafraîchissent leurs camouflages, plaisantent.
À l'heure du dîner, les officiers s'installent dans la grande pièce avec leurs provisions, proposent de partager, s'enquièrent :
- "Avez-vous du pain ?" Émile s'est mis à la boulange, la honte pour un pâtissier.
- "Cidre, calvados ?", il y a de quoi satisfaire tout le monde. La nuit se passe sans incidents.

Le lendemain matin, les chefaillons réveillent leur petit monde. Reprise du combat, mine déconfite des bidasses. Ils s'harnachent, les moteurs ronflent. Dans un murmure, le fermier dit :
- "Ils vont nous abattre".
Celui qui doit être le chef s'adresse au sous-off qui bredouille le gaulois. Il traduit, s'adressant à la Vieille :
- "Combien d'argent, nous devoir ?"
On se regarde, la grigou lance un chiffre pour ne pas fâcher (et ne pas perdre). Le Frizou sort des billets Pétain et casque recta. Ils évacuent. Dans les minutes qui suivent, l'aviation alliée les mitraille. Mon père récupéra les pneus, l'essence, les boites à outils. Quand l'odeur des cadavres sera insupportable, on creusera.
Paris est libéré. Mon père accourt rejoindre ma mère. Pour une fois, l'amour sauve la vie. Des Américains bourrés pillent la ferme, foutent le feu.

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À ce moment, la table explosait :
- "Même que c'est vrai, c'est pas des choses à dire... les Boches qui se tiennent mieux que nos libérateurs !" Mon Dab, il disait plus rien, mais on l'aurait pas fait démorde de ce qu'il avait vu.

Le retour n'était pas facile, en pleine période de marché noir. Un réfractaire ne se fait pas embaucher aisément. Manutentionnaire à la gare des Batignolles, il travaille à l'expédition de l'essence indispensable à cette fin de guerre. Pillage des stocks, il faut faire attention, l'Amerloque fusille facilement.
Une expérience calamiteuse dans le petit commerce et retour au travail à mi-temps, quinze jours de jour, quinze jours de nuit, douze heures. Traitement thermique, le masque, les gants d'amiante, les explosions d'acide. Je l'informe que son statut de S.T.O. réfractaire lui donne les moyens de faire valoir ses droits à la retraite.

Cultivant son jardin, il décède d'une embolie un beau dimanche du mois d'août. On voulait le mettre à l'église. Je l'avais entendu vingt fois dire :
- "Je ne serai pas comme ma mère, qui passa sa vie à bouffer du curé et, se sentant mourir, survécut entourée d'enjuponnés".
J'ai pu lui éviter la messe, mais pas le maire du bled, ceinturé de son écharpe tricolore, qui se crut obligé d'y aller de son discours.
Pour un peu, mon père devenait un résistant.

BAKOU

 © Association des amis de Bakou

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